Question publiée au Journal Officiel le 18 décembre 2007
M. Jean-Louis Gagnaire attire l’attention de Mme la ministre de la santé, de la jeunesse et des sports sur la récente campagne de publicité du gouvernement relative au dépistage de la dépression. Cette campagne publicitaire renvoyait à un site internet encourageant la prise d’antidépresseurs sans développer sérieusement les effets secondaires de ces médicaments. Il s’étonne qu’une telle campagne soit financée avec des fonds publics. La dépression est un problème très délicat qui nécessiterait un traitement beaucoup plus ambitieux qu’une campagne d’information des citoyens ou de publicité auprès des consommateurs. Dans le cas de cette dernière campagne, la limite entre ces deux perceptions apparaît comme très ténue.
Selon les chiffres de l’Assurance Maladie, 10% de la population prend des antidépresseurs et 4 à 5% de la population est dépressive. Les antidépresseurs sont largement sur-prescrits ! En 30 ans, le nombre de dépressions déclarées a été multiplié par 6 ! La France est le plus grand consommateur de psychotropes d’Europe, parfois très loin devant des pays présentant la même proportion de personnes souffrant réellement de dépression. En parallèle, beaucoup de cas réels de dépression ne sont pas diagnostiqués et les personnes en souffrant ne peuvent ainsi pas bénéficier des traitements adéquats.
Face à une situation de sur-prescription massive et de cas non diagnostiqués, une politique publique responsable consisterait à se pencher sur les prescriptions et non à encourager la consommation d’antidépresseurs. Les pouvoirs publics ne peuvent pas prendre le risque d’augmenter encore le phénomène de sur-prescription de médicaments qui peuvent conduire jusqu’au suicide.
Il y aurait pourtant beaucoup à faire sous l’angle des prescriptions. Environ 80% des prescriptions sont formulées par des généralistes et non par des psychiatres spécialistes dont les effectifs sont par ailleurs orientés à la baisse. En outre, la formation et l’information des généralistes seraient probablement beaucoup plus pertinentes que l’encouragement du public à la prise de médicaments.
Dans le contexte de surmédicalisation systématique des moindres difficultés de l’existence qui caractérise malheureusement la France, il apparaît comme très risqué de mener ce type de campagnes publicitaires. La confusion entre la pathologie et le léger trouble passager est ainsi très inopportunément renforcée. La banalisation de médicaments potentiellement dangereux n’est bien évidement pas souhaitable.
Ne doutant pas que ce regrettable épisode ne constitue pas pour le gouvernement le début d’une politique fondée sur l’encouragement à la consommation, il lui demande si le gouvernement envisage des mesures pour améliorer la qualité de la prescription qui permettrait à la fois de favoriser la prise d’antidépresseurs par les malades non diagnostiqués et de limiter la surconsommation.
Réponse publiée au Journal Officiel le 18 mars 2008
Elle ne vise pas à augmenter la prescription et la consommation d’antidépresseurs mais à limiter leur usage aux seules personnes pour lesquelles ils peuvent être utiles après une analyse bénéfices/risques dont les éléments de discussion ont fait l’objet de recommandations éditées par la HAS ou l’AFSSAPS.