Monsieur le Président de la République,
J’ai l’honneur de vous écrire afin de vous faire part de mon sentiment sur la crise financière qui secoue actuellement le monde après vos déclarations aux Etats-Unis, à la tribune des Nations unies et devant la fondation Elie Wiesel.
Je me félicite que le chef de l’Etat prenne la mesure de la crise que vous qualifiez justement de « plus grave crise financière que le monde ait connu depuis les années 1930 » Ce discours tranche salutairement avec la ligne de dédramatisation que votre Gouvernement suivait jusque là.
Je me réjouis également d’entendre le chef de l’Etat français défendre le primat du politique sur la finance et de refuser le fatalisme et le laisser-faire auxquels certaines voix nous appellent encore. S’il y a des responsables derrière cette catastrophe, alors oui, Monsieur le Président ceux-ci doivent être sanctionnés.
La crise des « subprimes » n’est qu’un avatar du marché financier totalement dérégulé. Contrairement à ce que certains pourraient imaginer, « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel » et il est désormais urgent de tirer toutes les leçons d’une crise financière devenue inéluctable.
Dès lors, on ne peut se contenter de renflouer les établissements touchés sans changer en profondeur les règles du jeu :
L’injection de liquidités sur le marché est une nécessité à court terme. Mais si la puissance publique devait se contenter du plan de sauvetage américain, le message adressé aux opérateurs financiers serait contre-productif… sauf à accepter d’emblée une nouvelle catastrophe. Il serait irresponsable de montrer que les pertes des spéculateurs pourraient être systématiquement nationalisées alors que les profits seraient privatisés.
En qualité de Vice-président de la Région Rhône-Alpes chargé du développement économique, je rencontre de plus en plus fréquemment des entrepreneurs éprouvant des difficultés à financer leur activité ou leur développement. De nombreuses PME qui sont au cœur de notre économie et de la croissance ne peuvent déjà plus accéder au crédit bancaire. Cette véritable catastrophe touche y compris les plus dynamiques et les plus prometteuses d’entre elles. Ce sont bien les entreprises françaises qui risquent de payer le prix de l’inconscience d’opérateurs financiers déconnectés de l’économie réelle. A terme, c’est la croissance, l’emploi et les conditions de vie de nos concitoyens qui sont en jeu, Monsieur le Président.
Au-delà de la réponse globale que vous appelez de vos vœux, Monsieur le Président, vous avez le devoir de prendre très rapidement des mesures tant au niveau européen qu’au niveau national.
En tant que Président en exercice de l’Union européenne, vous devez porter d’une voix forte l’idée d’un « Bretton Woods » de la finance. Un rendez-vous mondial pour remettre à plat un système financier échappant à tout contrôle est aujourd’hui nécessaire. La question de la parité fixe entre l’euro et le dollar doit être également posée.
Sur le plan intérieur, nous devons prendre des mesures législatives pour limiter les effets de contamination des placements hasardeux des grands établissements financiers internationaux vers les instruments de financements du développement économique et des particuliers. Cela implique en corollaire de mobiliser l’épargne populaire locale sur des Fonds de Financement de Proximité Régionaux, des instruments financiers innovants, en faveur des entreprises et des collectivités locales. Il est inacceptable que l’on ne puisse pas réaliser des tours de table pour développer des entreprises et parfois les sauver à la barre du Tribunal, alors que les liquidités des banques ont été asséchées par des comportements de « croupier de casino ».
Enfin, nous avons besoin d’une profonde réforme de la fiscalité qui permette d’orienter les flux financiers vers l’économie réelle et non vers les marchés les plus spéculatifs. Notre fiscalité doit favoriser l’entrepreneur et non le spéculateur.
Au-delà des considérations partisanes, il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs économiques, sociaux et politiques de notre pays pour faire front face à la crise et imaginer ce que pourraient être les solutions de développement durable de notre économie.
En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à mes suggestions, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Jean Louis Gagnaire