Réforme de l'audiovisuel
Le Parlement a définitivement adopté la réforme de l’audiovisuel. C’est l’aboutissement d’un an de procédures et la concrétisation de la volonté d’un seul homme, le Président de la République. Les parlementaires de la majorité présidentielle se sont finalement et une fois de plus pliés à « la volonté du chef. »
Rarement une loi française n’aura été à ce point le produit de la volonté d’une seule personne. Le 8 janvier 2008, Nicolas Sarkozy déclarait publiquement et à la surprise générale vouloir supprimer totalement la publicité sur les chaines publiques. Même la ministre de la culture n’était pas informée de cette initiative !
Nicolas Sarkozy aime beaucoup à préciser « qu’il a été élu pour ça » En matière d’audiovisuel, il fait exactement le contraire de ce à quoi il s’était engagé. Dans le numéro de l’Express du 15 février 2007, le candidat Sarkozy précisait son programme : « augmenter la redevance, sûrement pas. (…) En même temps, on ne peut pas être exigeant à l’égard de l’audiovisuel public et le laisser dans un état chronique de sous-financement. Je préfère qu’il y ait un peu plus de publicité sur les chaînes publiques plutôt que ces chaînes n’aient pas assez de moyens pour financer beaucoup de programmes de qualité. » Par ailleurs, nulle allusion chez le candidat Sarkozy à la nomination et à la révocation du président de France Télévisions par le Président de la République.
Tout dans cette affaire relève une volonté de prendre le plus possible le contrôle des médias. Sarkozy a déjà par le passé obtenu quelques têtes dans le milieu de la presse en faisant appel aux relations très étroites qu’il entretient avec les principaux dirigeants des médias français. La suppression de la publicité dans le service publique répond directement au souhait formulé par TF1, la chaîne de Martin Bouygues, dans son livre blanc. Le Président de la République ne cache d’ailleurs pas cet objectif lorsqu’il déclare le 26 juin 2008 lors de la remise du rapport Coppé que son « souhait est que les groupes audiovisuels privés soient puissants »
Plus de contraintes pour la télé publique, plus de libertés pour les télés privées
Alors que la télé publique devra faire face à de nouvelle contraintes et notamment à une perte considérable de ressources, la télé privé se voit accorder un volume horaire de publicité supérieur, une deuxième coupure publicitaire lors de la diffusion d’œuvres de fictions ou encore l’ouverture des fictions télés aux publicités pour des marques.
A cette liberté pour le privé correspond une véritable mise sous tutelle du pouvoir politique pour le service public. Le Président de la République a dorénavant le pouvoir de nommer et de révoquer les présidents de France Télévisions et de Radio France sous un bien faible contrôle du Parlement.
Le financement de la télé publique n’est plus garanti. Si 450 millions d’euros ont été inscrits à la loi de finances pour 2009, cette somme ne couvre que très partiellement la perte réelle de France Télévisions. De plus, cette somme sera rediscutée chaque année et la promesse de maintien de l’effort budgétaire ne porte pas au-delà de 2011 et de la suppression totale de la publicité. France Télévision est désormais directement dépendante du pouvoir politique.
Les intentions du gouvernement sont d’ailleurs très claires. Thierry Saussez, le délégué interministériel à la communication du gouvernement, déclarait par exemple dès octobre dernier vouloir réserver un créneau horaire pour une émission consacrée à l’explication de la politique du gouvernement aux Français. Sans contradiction…
La volonté du Président au-dessus des lois
Dans le contexte de crise économique très grave que nous affrontons, le moins que l’on puisse dire est qu’une telle réforme ne paraissait pas vraiment prioritaire. Nicolas Sarkozy en a pourtant fait une affaire personnelle. C’est ainsi que la réforme de l’audiovisuel présente la particularité d’être une loi appliquée avant même d’avoir été votée. Une « première » dans l’histoire de la République !
Prouvant une fois de plus son mépris total pour la représentation nationale, Nicolas Sarkozy n’a pas voulu laisser le temps du débat aux parlementaires. Il a sommé le conseil d’administration de France Télévisions, condamné à passer sous la coupe présidentielle, d’adopter la suppression de la publicité dès le 5 janvier. La volonté présidentielle et l’intimidation comptent plus que la loi ! Même les parlementaires UMP siégeant au conseil d’administration ont préféré s’abstenir et conserver leur dignité de parlementaires.
La France est le seul pays européen avec l’Italie de Berlusconi dans lequel le pouvoir politique exerce directement ou indirectement une telle emprise sur les médias et sur l’audiovisuel. L’avenir des Présidents de France Télévisions et des finances du groupe dépendent dorénavant de la volonté d’un seul homme. Dans de telles conditions, l’indépendance éditoriale n’est qu’une illusion.
Désormais, toutes les conditions sont réunies pour que France télévision glisse du statut de télévision publique à celui de télévision d’Etat.
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