Ville - Le plan banlieues que le Président Sarkozy a présenté le 8 février dernier représente jusqu’à la caricature une politique masquant l’inaction sous une apparence de volontarisme. Le plan banlieue qu’il avait souhaité, promis puis revendiqué s’est dégonflé comme une baudruche… jusqu’au vide presque total, au détriment des quartiers et de leurs habitants…
Le plan baudruche
Le candidat Nicolas Sarkozy avait pourtant été très clair et ferme : il mettrait en œuvre un véritable plan Marshall pour les banlieues en engageant beaucoup d’argent. Il insistait également sur la nécessité de rompre avec les politiques précédentes. Le 7 septembre dernier, il en confiait la réalisation à Fadela Amara en lui rappelant devant le Conseil des ministres que « cette mission relève d’une priorité nationale ».
Au fil des changements de dénominations, des reports de la présentation du plan et des controverses ministérielles sur son contenu, le plan Marshall est devenu un « plan Espoir banlieues » à l’intitulé et au contenu pour le moins allégé. Nous sommes passés en quelques mois d’un discours volontariste sur la rupture avec des politiques de la ville ayant échoué à un mini-plan dont la dénomination même renvoie à une réalisation seulement hypothétique. On devait avoir beaucoup avec certitude, on n’obtient presque rien sans certitude.
L’idée même de la rupture avec le passé est abandonnée en rase campagne. Lors de leur audition devant la commission des finances du Sénat, le 12 février dernier, Mesdames Bachelot et Amara ont explicitement fait le deuil de cette ambition. Si leur diagnostic et leurs propositions ont parfois semblé antagonistes, elles se sont parfaitement retrouvées pour enterrer le plan : Selon Madame Bachelot, « il ne s’agit pas de remettre en cause ce qui a été mis en place » ce à quoi Madame Amara s’est empressée d’ajouter qu’il « faut renforcer et améliorer ce qui a été fait».
Une fois les ambitions abandonnées, il ne restait plus alors qu’à veiller à ne pas inscrire le moindre crédit pour la réalisation du plan. Ainsi, Madame Bachelot a précisé aux sénateurs que « nous pouvons considérer que c’est tout le budget de l’Etat qui est consacré à la ville. Chaque ministère concerné devra répondre de ses compétences. » Ce qui n’a pas manqué d’arracher un sourire aux sénateurs présents.
Nous sommes passés d’un plan Marshall à un mini-plan dont les promoteurs eux-mêmes reconnaissent l’absence d’ambition et la virtualité des financements.
L’abandon total des quartiers et de leurs habitants
Fadela Amara a plusieurs fois répété qu’elle ne voulait pas d’un catalogue de mesures ou encore d’une série de mesurettes, le plan banlieue sera finalement un catalogue de gadgets.
Les quatre grandes ambitions du gouvernement et le souhait de parvenir à une meilleure gouvernance se réduisent au bout du compte à presque rien :
Emploi : le plan prévoit notamment un « contrat d’autonomie » offrant un soutien renforcé et personnalisé aux jeunes de moins de 26 ans cherchant un emploi. L’ambition de formation professionnelle est abandonnée au profit d’un coaching largement confié aux agences de placement privées alors même que l’expérimentation sur ces dernières a déjà démontré toute leur inefficacité.
Education : le gouvernement propose à la fois le « busing », c’est-à-dire un dispositif permettant à des jeunes d’aller dans les écoles d’autres secteurs géographiques aux risque de vider les écoles de banlieues tout en proposant de faire de celles-ci des pôles d’excellence ! Mais rien sur le renforcement des moyens d’établissements déjà à l’abandon. J’ai par exemple récemment été confronté au problème d’une classe ayant eu quatre professeurs d’anglais dans la même année puisqu’il n’est surtout pas question pour le gouvernement de laisser les enseignants vacataires dépasser les 200 heures de travail qui leur permettent d’ouvrir des droits aux indemnités chômage. Au mépris des enseignants et des élèves…
Transports : une enveloppe de 500 millions d’euros prélevée sur le Grenelle de l’environnement. C’est la seule mesure financée de tout le plan ! Peut-être est-ce d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement n’a donnée aucune précision sur son contenu.
Sécurité : affectation de 4000 policiers supplémentaires déployés d’ici trois ans dans les quartiers. C’est le retour sous une autre appellation de la police de proximité, ce dont on peut se féliciter, mais sans création de postes, il ne s’agira que de redéploiements.
Amélioration de la gouvernance : Les collectivités locales sont sommées de financer le plan à hauteur de 500 millions d’euros, au mépris du principe de leur autonomie de décision. Et cela alors même que le gouvernement reconnaît sans cesse l’importance des élus locaux et notamment des maires ! La répartition des dotations aux collectivités est renvoyée à l’année prochaine. Et pas le moindre mot sur la nécessaire réforme de la fiscalité locale !
Une absence totale de vision
Les nombreuses hésitations du gouvernement témoignent d’une absence de ligne directrice très inquiétante. Le gouvernement risque même d’isoler plus encore les quartiers en refusant de les insérer avec détermination dans les politiques de droit commun. Les établissements scolaires sont encore marginalisés alors qu’il faudrait leur donner les moyens humains et financiers d’être aussi attractifs que les autres. Les jeunes demandeurs d’emploi bénéficieront d’un improbable accompagnement spécial alors que l’on devrait renforcer leur accès à la formation professionnelle.
Le gouvernement refuse de voir que la situation des banlieues est avant tout et surtout le signe de la panne totale de l’ascenseur social. Et je doute profondément que ces mesures le relancent. Elles risquent même de gripper plus encore la machine. Le plan « Espoir banlieue » se transformerait alors en une grave désillusion accentuant encore la fracture et le sentiment de rejet.
Les divergences de vues au sein du gouvernement se sont étendues jusqu’au zonage du plan. Certains souhaitaient le cantonner aux banlieues, d’autres de l’étendre à des quartiers de centre-villes de plus en plus souvent abandonnés et traversant des difficultés comparables à celle des banlieues.
Mais le plus grave réside peut-être dans l’absence de toute référence à une réforme de la fiscalité locale et des mécanismes de péréquation. Cet « oubli » apparaît comme un véritable refus de réduire les inégalités. Aujourd’hui, se sont les collectivités les plus pauvres qui doivent faire face aux difficultés les plus grandes. L’Etat doit leur garantir des financements compensant cette intolérable situation. Sans cette réforme de fond, l’Etat ne pourra que se contenter de mesures nationales vagues et parfois inadaptées. Il brise par la même occasion l’autonomie et la capacité d’intervention des élus locaux.
Je regrette pour ma part que le gouvernement ne fasse pas preuve de davantage de volontarisme en faveur des quartiers et des habitants aux conditions de vie les plus modestes. Je crains que le sentiment d’abandon et de rejet ne se développe plus encore. Je regrette que le gouvernement n’ait pas cherché, avec une détermination sans faille, à offrir la possibilité de construire une vie meilleure à tous ceux qui le souhaitent.