Bien sûr, il en est certains pour balayer ces objections d’un revers de manche et considérer que 50 euros ne pèsent que peu dans le budget d’un assuré social. Je pense notamment à Roselyne Bachelot, une ministre de la santé qui semble avoir une vision bien déformée de la vie et du quotidien de ses propres concitoyens.
Au-delà de cette position de principe et sur un plan plus pragmatique, les gains escomptés par le gouvernement sont très faibles. L’obsession de la chasse aux dépenses publiques conduit parfois à des contre-sens. Le très maigre bénéfice, de l’ordre de 850 millions d’euros, me paraît dérisoire face au coût social prévisible. Cette politique de courte-vue ne manquera pas de renforcer le phénomène très inquiétant de renoncement aux soins que l’on déplore déjà. Et comment ne pas relever le scandale d’un prélèvement de 850 millions d’euros sur un besoin essentiel, prélèvement qui touchera notamment les plus faibles revenus, au moment même où le « paquet fiscal » creuse un trou de 15 milliards d’euros dans les comptes de la Nation. Les paquets cadeaux pour les uns, les cadeaux empoisonnés pour les autres…
La deuxième injustice est relative aux objectifs mêmes de la franchise médicale. Le gouvernement annonce un double objectif : financer le plan Alzheimer et « responsabiliser » les assurer sociaux.
Je passe rapidement sur le plan Alzheimer dont le financement ne se réduirait qu’à des queues de cerises, ce qui le fait apparaître comme une simple opération de communication pour rendre cette réforme acceptable par l’opinion publique. On sait également, notamment depuis la journée de solidarité voulue par Raffarin, qu’il y a parfois un fossé entre l’utilisation annoncée d’une nouvelle recette et la réalité de son affectation.
L’aspect le plus scandaleux de la franchise médicale réside selon moi, des cette volonté de « responsabiliser » les assurés sociaux. Je ne conteste bien entendu pas la surmédicalisation dont souffre notre pays, le plus grand consommateur de médicaments au monde. Mais comment intégrer les pathologies les plus lourdes ou les pathologies d’origine accidentelle dans le cadre de cette « responsabilisation » ? C’est pourtant les personnes souffrant le plus qui payeront la franchise dans son intégralité, et qui la payeront chaque année. Les victimes d’un accident de la circulation, les handicapés ou encore les accidentés du travail sont contraints à un suivi médical lourd. Ils payeront donc « plein pot » Sont-ils pour autant responsables de leur situation ? Ne sont-ils pas justement et par nature non responsables de leur souffrance ? Doivent-ils payer le prix le plus élevé à cette « responsabilisation » ?
La santé n’est pas un territoire comme les autres pour ouvrir la chasse aux dépenses publiques. Les déficits de la Nation ne peuvent servir de prétexte à la destruction des mécanismes de solidarité. Les déficits nous poussent au contraire à redéfinir une solidarité plus exigeante. L’augmentation des dépenses médicales est inéluctable avec le vieillissement de la population. Pousser de plus en plus de personnes jusqu’à la limite de la renonciation aux soins ne fera qu’aggraver cette situation.
Il existe des pistes de financement beaucoup plus prometteuses. Par exemple, la Cour des comptes a tout récemment évalué à 3 milliards d’euros la perte de recettes pour la Sécu due aux exonérations de cotisations sociales des stocks-options. Voilà un financement légitime, au coût social nul et au produit beaucoup plus important que la franchise médicale. On peut également évoquer le produit de nombreuses taxes (alcool et tabac par exemple) que l’Etat a arrêté de reverser à la Sécu. Là aussi, il est question de milliards d’euros. Ne pourrait-on pas aussi réfléchir à l’instauration d’un contrôle sur les prescriptions et à la diffusion des génériques ? Pourquoi ne pas « responsabiliser » les laboratoires ?