Le rejet du projet de loi Création et Internet, à la surprise générale, le 9 avril dernier, a conduit la Quadrature du Net à se pencher sur les 10 000 signataires de la pétition pro-Hadopi qu’exhibait fièrement Christine Albanel dans l’hémicycle.
Nous entendons ceux d’entre vous qui éructent et qui se plaignent : « Quoi, Hadopi dans le Troll de la semaine ? Encore !! ». Au sein même de la rédaction, la main-mise de la riposte graduée sur notre rubrique hebdomadaire commence à lasser.
Que les plus chagrins se consolent pourtant : vous avez échappé aux déclarations de Frédéric Lefebvre. Le député des Hauts-de-Seine, qui n’a peur de rien si ce n’est de susciter l’indifférence, semble visiblement prêt à tout pour figurer au milieu des êtres verts et poilus. Ainsi, a-t-il cru qu’il suffisait de reprendre les propos de Jean-François Copé pour jouir des honneurs trollesques. Que nenni ! Nous sommes un tantinet mono-maniaque lorsqu’il s’agit d’Hadopi, mais même nous, nous avons des limites.
Au lieu de ça, nous nous sommes intéressés au décorticage en règle de la pétition pro-Hadopi que la Quadrature du Net a inaugurée. Les responsables du site ont mis en place un wiki – auquel chacun peut apporter sa pierre – afin d’identifier les signataires de cet appel à la répression organisé par la SACEM.
Cette initiative de la société en charge de la rémunération des ayants-droit a connu une notoriété inattendue grâce à Christine Albanel qui a trouvé là une justification à son projet de loi tant décrié.
Ainsi, le 8 avril dernier, lorsque le député de gauche Jean-Louis Gagnaire dénonçait la frilosité de Nathalie Kosciusko-Morizet à l’égard du texte Création et Internet, la ministre de la Culture et de la Communication (« et de la télé privée » dixit Patrick Roy) se raccrochait à cette pétition comme un naufragé à une bouée de sauvetage : « Heureusement, j’observe que, de l’autre côté, 10 000 artistes soutiennent le texte ». Dix mille artistes ? Vraiment ?
Premier accroc : Nicolas Sirkis, leader du groupe Indochine, dont le nom figure parmi les signataires, dément formellement soutenir le texte. A partir de cet instant, la liste sera retournée dans tous les sens et délivrera ses terribles secrets : en lieu et place des 10 000 « artistes » de la ministre, beaucoup de salariés de la SACEM, d’héritiers ou de producteurs.
En faisant les honneurs du nom d’artiste à ces derniers, Christine Albanel voulait-elle saluer le grand art dont ils ont su faire preuve pour obtenir un texte de loi taillé sur mesure ? Une chose est sûre, le décorticage s’organise et chacun traque les signataires de la liste afin de les ranger dans une des trois catégories définies par la Quadrature du Net : recevable (artiste disponible en P2P), contestable (artiste à existence ou notoriété invérifiable/Non Francais) ou inacceptable (inexistant / mort / lobbyiste / producteur / salarié SACEM / salarié Major / producteur de porno / etc.).
De quoi alimenter les débats qui s’ouvriront à nouveau le 29 avril prochain à l’Assemblée.
Stéphane C, DegroupNews, le 18 avril 2009