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Jean Louis Gagnaire

Député de la Loire 2ème circonscription – Vice-président de la région Rhône-Alpes

Loi Hadopi : la querelle des anciens et des modernes

hadopi

Internet- Hadopi – Le 24 mars, la Sacem mettait en avant une pétition pro-Hadopi regroupant 10.000 signatures d’artistes et autres acteurs du monde musical. Une pétition que le ministre de la Culture, Christine Albanel, n’hésita pas à utiliser à l’Assemblée nationale pour répondre à Jean-Louis Gagnaire (PS) qui parlait du projet Création et Internet comme d’une « loi dépassée ». Malheureusement pour elle, cette pétition a très vite été dénoncée…

C’est le collectif La Quadrature du Net qui va prendre les choses en main en mettant en place un wiki chargé de répertorier tous les signataires de cette pétition et de vérifier un à un la légitimité de ceux-ci. Le travail est encore inachevé et pourtant déjà des erreurs semblent évidentes. Parmi les signataires on retrouverait notamment des employés de la Snep, d’Emi Music France, d’Universal (dont évidemment Pascal Nègre), de Warner et de la Sacem… mais aussi des artistes dont les œuvres sont introuvables sur les outils de téléchargement, des artistes sans aucune visibilité sur internet et des artistes… qui nient avoir signé !

On l’aura compris, cette liste des 10.000 n’est pas ce qu’il y a de plus fiable pour soutenir le projet de loi… Heureusement pour Mme Albanel, mercredi, c’est 22 cinéastes qui, dans le journal Libération, soutenaient la loi Hadopi et se déclaraient « indignés » par l’attitude des députés socialistes qui s’y sont opposés. 22 cinéastes et parmi eux de grands noms comme Jean-Jacques Annaud, Alain Corneau, Costa-Gavras ou encore Jean-Paul Rappeneau.

Des grands noms oui, mais sont-ils pour autant les mieux placés pour parler de téléchargement ? C’est contesté. Notamment parce que ces grands réalisateurs n’appartiennent pas à la génération internet (leur moyenne d’âge est de 60 ans). D’autre part, et c’est sans doute là l’essentiel, contrairement à ce qu’ils déclarent, le marché du cinéma ne souffre pas du téléchargement, ou en tout cas ne le montre pas.

En fait, s’il fallait isoler une période de crise pour le cinéma en France, cela concernerait bien davantage le début des années 90 que celui des années 2000. En 1992, le nombre d’entrées en France est le plus bas jamais atteint : 116 millions (chiffres cbo-boxoffice.com). En 2001, alors que l’internet haut débit se répand de plus en plus, on compte 187,45 millions d’entrées. En 2008, il y en a 188,82 millions, et le record d’entrées pour un film français est battu avec Bienvenue chez les Ch’tis, film pourtant considéré aussi comme le plus téléchargé de l’année ! Le record en question était détenu par La Grande vadrouille… depuis 1966.

Après les pétitions de cinéastes, d’artistes, de lobbyistes mais aussi d’internautes, ce sont les auteurs de science-fiction qui se sont joints au débat ! 86 noms, parmi lesquels Roland C. Wagner et Pierre Bordage, ont cosigné un communiqué dénonçant cette loi qui « contient des mesures telles que le filtrage du Net, l’installation de mouchards sur les ordinateurs des particuliers, la suspension de l’abonnement à Internet sans intervention d’un juge et sur la base de relevés d’IP (dont le manque de fiabilité a depuis longtemps été démontré) effectués par des sociétés privées. »

Si la validation de la loi paraît toute acquise, sauf nouvelle grande surprise, son principe reste en revanche toujours très critiqué sur la scène publique. Et si les internautes semblent dans une large majorité opposés au projet de loi, du côté des auteurs deux camps sont pourtant clairement distincts. La guerre des pétitions a bien eu lieu, reste à savoir qui en sortira vainqueur.

Jérémy Prin-Derre, La Provence, 28 avril 2009

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