Economie – Article de Libération publié sur le blog LibéLyon suite aux réactions des élus Rhônalpins à l’annonce du plan de relance par François Fillon et des projets retenus par le gouvernement.
RELANCE – Il y a trois jours, François Fillon annonçait à Lyon «plus de mille projets» pour relancer la croissance et freiner la hausse du chômage. Un épais dossier avait été distribué, listant précisément les engagements, chiffres et cartes à l’appui. Ne restait donc qu’à vérifier sur le terrain ce qui était vraiment nouveau, ce qui serait fait un peu plus tard, et ce qui aurait dû se faire depuis longtemps. En Rhône-Alpes où François Fillon venait annoncer le plan, 340 millions d’euros étaient promis. En réalité 271 millions, puisqu’une partie était constituée d’autorisations d’engager les chantiers, sans crédits de paiement pour 2009. Surtout, une ribambelle de dossiers avait déjà été promise par l’Etat. Certains sont même quasi-achevés. «Ce sont les mille et unes promesses, ricanait hier Jean-Louis Gagnaire, député PS de la Loire. Comme les mille et une nuits, mais en moins merveilleux.»…
Délais. Rien de très nouveau dans les annonces gouvernementales? C’est en réalité plutôt logique puisque s’ils voulaient être retenus, les projets devaient être prêts, pour que les crédits soient consommés dès 2009, et les chantiers lancés afin de sauver de l’emploi. Même si le Code de l’urbanisme a été singulièrement simplifié pour réagir à la crise, il reste quelques délais, et la plupart des projets ont donc été simplement avancés d’un an. «Il s’agit essentiellement d’anticipation et nous risquons de connaître des chutes d’investissement dans les années suivantes», prévient Jacky Darne, vice-président chargé des finances au Grand Lyon.
Le gouvernement l’assume. Sa stratégie est d’agir massivement en 2009 pour freiner la dégradation de l’emploi. Reste qu’une bonne partie de ces projets devrait être engagée depuis longtemps. L’Etat promet par exemple 15,6 millions d’euros pour la mise en sécurité des bâtiments universitaires de Lyon et de Saint-Etienne. Mais il ne s’agit que de rattrapage puisqu’il ne versait plus que 4 millions par an ces dernières années, bien en deçà de ses engagements. Autre projet, plus précis : François Fillon a annoncé la construction d’une «halle de sport» pour l’université stéphanoise. «Mais c’était dans le contrat de plan 2006-2008», souligne Jean-Louis Gagnaire.
L’exemple se décline tout au long du plan. Ainsi en Isère : l’Etat promet dans son plan la rénovation et la mise en sécurité de cinq bâtiments universitaires à Grenoble. «Ce sont des dossiers que nous connaissons par cœur, soupire le député européen (PS) Bernard Soulage. Ils figurent en annexe du contrat signé en 2005 avec l’Etat.» Vice-président chargé des transports à la région Rhône-Alpes, il ajoute qu’il en va de même pour le ferroviaire : «L’Etat promet 25 millions d’euros dans le plan de relance mais si l’on retranche ce qu’il nous doit pour ces dernières années, il n’en reste que 4 ou 5». Toujours dans le domaine ferroviaire, François Fillon annonce des travaux en gare de Bellegarde (Ain). Ils ont en réalité commencé voilà plus d’un an, et les Suisses sont furieux car ce projet, qui doit permettre de mettre Paris à trois heures de Genève par l’historique voie des Carpates, a pris du retard à cause de l’Etat français, qui ne tenait pas ses promesses.
Au final, une bonne partie des projets présentés mardi dans le plan de relance figure au contrat de plan Etat-région 2006-2008. Jacques Gérault, préfet de la région Rhône-Alpes, l’admet. «Mais l’Etat a toujours eu du retard, nuance-t-il. Même si cela est scandaleux, c’est une réalité. Au dernier contrat, il avait un an et demi de retard. Cette fois, le retard va être comblé grâce au plan de relance. »
Toiture. Certains des projets sont quasiment achevés. Ainsi François Fillon promet à l’université de Saint-Etienne la «construction de la bibliothèque de la Tréfilerie». Ambitieux, mais les ouvriers en sont quasiment à la pose des moquettes. La réfection du bureau de poste de Meximieux, dans l’Ain : c’est bien, mais l’inauguration est pour bientôt. Ou encore la réhabilitation du palais de justice de Bourg-en-Bresse, où les magistrats pataugeaient déjà dans le chantier cet été. D’autres travaux auraient de toute façon été menés en 2009, comme la réfection de la toiture de la maison de la culture Le Corbusier à Firminy (Loire). Elle fuit, il fallait intervenir. L’engagement de l’Etat d’y mettre un peu d’argent soulage cependant la région, qui peinait à boucler son tour de table.
Les élus ont eu le temps depuis mardi d’éplucher le plan du gouvernement. Et beaucoup regrettent de ne pas avoir été consultés. Ils n’auraient pas avancé les mêmes priorités et chacun, depuis, y va des projets qu’il avait sous le coude et qui lui semblent plus utiles. « Au niveau des transports, l’essentiel est mis sur la route, observe Bernard Soulage, le vice-président de la région. Or, nous avions 30 à 50 millions d’euros de travaux ferroviaires légers à proposer, par exemple pour l’entretien de voies très abîmées sur lesquelles nous sommes obligés de supprimer des trains.» Mêmes regrets à Saint-Etienne, où les élus municipaux auraient bien profité du plan de relance pour regrouper la fac de sciences en centre-ville. «Un projet à 70 millions est prêt, il a du sens, estime Régis Juanico, député de la Loire. Nous en avions parlé au cabinet de Pécresse qui semblait à l’écoute. Mais nous n’avons rien vu dans le plan.»
Hier, le préfet de région a réuni une partie des élus pour leur présenter la déclinaison régionale du plan, dans lequel certains projets de mardi avaient déjà disparu. «Cette liste n’est qu’un socle, il y aura peut-être des plus, ce n’est pas fermé», leur a-t-il promis. Il doit rencontrer la semaine prochaine le président de la région et celui du Grand Lyon pour discuter de leurs priorités. Et a demandé aux préfets de départements de faire de même chez eux. Après les annonces, la concertation…
Olivier BERTRAND
