« Personne n’a rien vu venir », c’est l’aveu d’incompétence ou le gros mensonge formulé par Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. A écouter la majorité présidentielle, la crise financière se serait abattue brutalement sur le monde et la France. A l’Assemblée nationale, nous avons pourtant constamment alerté le gouvernement sur le caractère totalement irréaliste de ses prévisions et sur les signes avant-coureurs de la crise. Mais Madame Lagarde, ministre de l’économie, « jubilait », selon son propre mot, devant les chiffres de la croissance…
Plus encore, ce discours édifiant fait totalement abstraction du caractère inéluctable de la crise financière. La déconnexion toujours plus importante entre la sphère financière et l’économie réelle nous conduisait fatalement à l’effondrement de ces derniers jours. Là encore, l’irresponsabilité du gouvernement est sidérante.
Nicolas Sarkozy semble prendre la mesure de la crise, mais il promet davantage de « réformes », toujours dans le sens de la dérégulation dont nous payons aujourd’hui le prix. Le candidat Sarkozy en campagne, il y a à peine un an, promettait une France de propriétaires en reprenant son idée de ministre des finances de développer le crédit hypothécaire rechargeable, sur le modèle des Etats-Unis… Un des facteurs clés du déclenchement de la crise financière…
Le budget 2009 ou l’échec total de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a été élu sur quatre promesses principales : une croissance soutenue qu’il irait « chercher avec les dents », plus de pouvoir d’achat, moins d’impôts et moins de déficit et de dette. Il est en passe de réussir exactement le contraire.
Le déficit public explose avec une prévision gouvernementale de 52,1 milliards d’euros pour 2009 et un résultat de 49,4 milliards pour 2008. La prévision du gouvernement était de 41,7 milliards, soit une erreur de presque 8 milliards d’euros !
Le gouvernement table plus sagement sur une croissance entre 1 et 1,5% mais Christine Lagarde retombe immédiatement dans l’optimisme le plus déraisonnable en déclarant penser compter sur 2,5% de croissance annuelle entre 2010 et 2012 !
Les baisses d’impôts n’ont été concédées qu’aux plus riches et les taxes se multiplient pour les autres. Par exemple, les bénéficiaires du bouclier fiscal ne participeront pas au financement du RSA. Mais Madame Lagarde pense pouvoir mettre en place des réductions d’impôt de « 10 milliards d’euros d’ici 2012 » !
Et le pouvoir d’achat continue de reculer… mais « les réformes vont continuer de plus belle » selon Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée.
La crise financière ou le bouc émissaire idéal
La communication politique de la majorité présidentielle repose dorénavant sur un mot d’ordre très simple : « c’est la faute de la crise financière » Nous sommes très loin du volontarisme que le Président de la République a tant aimé afficher.
Cette ligne directrice est suivie en dépit du bon sens. Par exemple, la très forte reprise du chômage enregistrée au mois d’août, plus de 40 000 demandeurs d’emplois enregistrés à l’ANPE, serait selon le gouvernement une conséquence d’une crise financière s’étant déclenchée au mois de septembre !
Il s’agit pourtant de la quatrième hausse mensuelle consécutive et les chiffres de l’INSEE démontrent depuis plusieurs mois que la situation de l’emploi se dégrade avec notamment une très forte diminution de l’intérim.
La crise financière ne peut pas servir d’explication aux conséquences de choix politiques conduits depuis des mois, depuis des années.
Le paquet fiscal et l’exonération des heures supplémentaires pèsent de tout leur poids sur la situation de l’emploi. Avec une économie en quasi-récession, le développement des heures supplémentaires se fait mécaniquement au détriment de la création d’emploi. Cette mesure n’a aucun sens sans une croissance soutenue. Avec une inflation importante, elle n’a par ailleurs quasiment aucune influence sur le pouvoir d’achat des personnes concernées. Le gouvernement compte pourtant poursuivre dans la voie de la dérégulation en s’attaquant au repos dominical !
Mais Laurent Wauquiez parle toujours du retour au plein emploi pour 2012 et pense pouvoir compter sur un rebond spectaculaire après l’éloignement des nuages de la crise financière !
Afficher des ambitions élevées, puis accuser la crise, puis continuer la même politique…
Ces quelques exemples illustrent la stratégie présidentielle. Le gouvernement affiche systématiquement des objectifs très élevés et le plus souvent complètement irréalistes. Par exemple le retour à l’équilibre budgétaire ou le plein emploi sur un horizon de trois ans.
Face au constat d’échec, le gouvernement repousse ensuite l’intégralité de la responsabilité sur la crise financière ou sur la conjoncture internationale.
Complètement déresponsabilisé, il en conclut donc qu’il n’est pas allé assez loin dans les réformes et qu’il est urgent de maintenir le même cap. Par exemple, en maintenant le paquet fiscal et la perte sèche de 15 milliards d’euros annuels qu’il représente, en dérégulant le marché du travail en supprimant de repos dominical ou encore en exonérant les plus riches de la solidarité nationale sur le financement du RSA.
La juxtaposition des petites phrases des conseillers spéciaux de Nicolas Sarkozy, « personne n’a rien vu venir » et « les réformes vont continuer de plus belle » dessine le tableau d’une majorité présidentielle ne se sentant pas du tout responsable de la marche des choses et complètement fermée aux suggestions émanant de l’extérieur. Au moment d’aborder de grosses difficultés, une telle attitude est très loin d’être rassurante. Elle est même franchement inquiétante.
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