Retraites - Le projet de réforme des retraites que le gouvernement a enfin dévoilé est un monument d’injustice sociale et d’inefficacité financière. Le poids de la réforme pèsera sur les plus modestes, ceux qui ont les métiers les plus pénibles, qui commencent à travailler plus jeune et qui ont l’espérance de vie la plus faible.
Le recul de l’âge légal de la retraite à 62 ans, la mesure phare de ce projet, est inéquitable et injuste. Il pénalisera principalement les ouvriers et les employés qui ont été contraints de commencer à travailler jeune. Ce sont eux qui devront travailler plus, parfois 43 voire 44 ans, alors qu’ils ont les métiers les plus pénibles et une espérance de vie nettement plus faible.
Ce sont encore eux qui devront porter le poids principal de l’effort alors que les hauts revenus n’auront qu’à s’acquitter d’une aumône symbolique et resteront sous la protection du bouclier fiscal. Les revenus du capital ne participeront qu’à hauteur de 7% du financement total.
En réalité, la solution du report de l’âge légal de la retraite est un mensonge économique. Quand 65% des salariés de plus de 50 ans n’ont plus accès à l’emploi, comme c’est le cas actuellement, la charge économisée sur les retraites sera transférée sur l’assurance chômage ou sur les minima sociaux.
De plus, ces périodes de chômage conduiront mécaniquement à une baisse du montant des pensions. Tous les salariés qui connaissent des ruptures de carrière, particulièrement les femmes, seront les grands perdants de cette réforme.
Pire encore, le gouvernement enterre le débat sur la pénibilité. Eric Woerth propose qu’elle soit définie sur des critères individuels et non sur la base du métier. Seuls les salariés qui pourront prouver d’une incapacité physique d’au moins 20% pourront bénéficier du maintien de leur retraite à 60 ans. Cette mesure n’aura aucune portée. De l’aveu même du ministre, elle ne concernera que 10 000 personnes tout au plus ! Pour illustrer toute la considération qu’il porte à la pénibilité du travail, Eric Woerth a déclaré : « bien sûr que l’on pourrait toujours faire plus, et on pourrait dire que tous les métiers sont fatigants et que lorsqu’on est éveillé c’est plus fatiguant que quand on dort. »
On nous promettait une réforme ambitieuse capable de pérenniser le système de retraite par répartition, on nous présente en fait des mesures de colmatage jusqu’en 2018. Au-delà, c’est le trou noir…
Pour exemple, le fonds de réserve des retraites mis en place et abondé chaque année par le gouvernement Jospin, n’a pas été alimenté par les gouvernements de droite. Pire, les 34 milliards qu’il contient vont être pillés pour combler temporairement les déficits des régimes sociaux. Ce fonds, qui avait été créé pour faire face au pic démographique de 2020, aura été dilapidé par une droite qui hypothèque l’avenir avec une gestion de court terme.
Comme la réforme Balladur adoptée en plein mois d’août, comme la réforme Fillon votée en juillet, le calendrier du gouvernement vise à empêcher tout débat public en se superposant avec celui de la Coupe du Monde de football, des vacances d’été et de la rentrée scolaire. Une manière d’anesthésier toute contestation.
Sur un dossier d’une telle importance, il serait impensable que les débats en commission au Parlement ne soient pas publics et que le gouvernement utilise la procédure d’urgence et le temps programmé. Les Français ont le droit à une information détaillée sur le projet du gouvernement et sur les alternatives proposées par l’opposition.